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The Shifters

Décarbonons la Culture

Les initiatives

Le Centre Juno Beach (1/2)

Publié le 12 juillet 2023 | Par Laurent Baraton
Le Centre Juno Beach : Une institution du souvenir actrice du futur (1/2)

Le Centre Juno Beach : Une institution du souvenir actrice du futur (1/2)

Au Centre Juno Beach, des actions concrètes sont l’illustration d’un nouvel état d’esprit et de démarches qui ont commencé à imprégner tous les aspects de la vie du musée et de son fonctionnement. Face à l'urgence, tous les gestes ont leur importance. Bilan de GES, formation, tarif bas carbone...Maxime Bouché nous parle dans cet épisode des actions mises en place par le musée en faveur du développement durable.

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Décarbonons la Culture !

#1 Le Centre Juno Beach : Une institution du souvenir actrice du futur (1 / 2)

Avec

Laurent Baraton, membre du Cercle thématique Culture – The Shifters

Maxime Bouché, responsable prospective durable et boutique en charge de la stratégie bas carbone du Centre Juno Beach

Transcription

Décarbonons la Culture ! c'est le podcast qui donne la parole aux professionnels du secteur culturel qui ont expérimenté des actions pour rendre leurs activités plus résilientes face aux enjeux énergétiques et climatiques. Dans cet épisode, nous allons du côté de la Normandie au Centre Juno Beach. Le Centre Juno Beach est engagé depuis 2019 dans une démarche active de décarbonation.
Cet entretien a été réalisé à distance donc merci d'être indulgent sur la qualité sonore et nous allons commencer avec Maxime Bouché du Centre Juno Beach. Bonne écoute !

00:00:43 - Maxime Bouché Le Centre Juno Beach c'est le musée canadien des plages du débarquement à Courseulles-sur-Mer, en Normandie. C'est avant tout un centre d'interprétation, c'est à dire que la volonté des vétérans canadiens, quand ils ont créé le musée en 2003, c'était que ce soit un outil de transmission de la mémoire. C'est à dire qu'ils voulaient expliquer ce qu'était le conflit de la Deuxième Guerre Mondiale et l'implication du Canada dans ce conflit. Notre mission, c'est de transmettre la mémoire. La mémoire, qu'est-ce qu'elle nous dit sous le prisme canadien ? C'est qu’on a vécu des événements tragiques, il y a des hommes, des milliers d'hommes, des millions d'hommes même, qui se sont battus pour qu'aujourd'hui on puisse vivre en paix, qu'on puisse vivre en tranquillité dans un monde serein. L'idée, c'est de faire le lien et de créer une passerelle entre le passé, aujourd'hui et demain. De dire que notre mission, c'est avant tout de promouvoir la paix, indéniablement, mais aujourd'hui, cette paix qu'eux ont acquise à l'époque, qu’ils nous ont permis d'avoir, aujourd'hui, elle est menacée, clairement, elle est menacée par le dérèglement climatique, par les activités humaines. C'est pour ça qu'une institution comme la nôtre, au-delà du fait de de se souvenir, elle doit aussi devenir actrice du du futur, en intégrant ces données-là, on a tout intérêt, nous, à agir et à intégrer l'environnement et les aspects sociaux dans notre démarche quotidienne, dans notre vie muséale, dans notre vie institutionnelle.

00:02:10 - Laurent Baraton Alors le Centre Juno Beach, un lieu de mémoire dédié à la paix, mais une paix qui pourrait être menacée, comme tu le dis, si la contrainte énergie-climat devenait un facteur de risque trop important. Et pour vous, évidemment, ça fait sens d'entrer dans une démarche active. Alors, votre Centre se revendique comme le premier musée en Normandie engagé dans une démarche de décarbonation. Il a bien fallu un point de départ pour cette démarche. Et pour vous, ça a été, je crois, de réaliser un bilan carbone.

00:02:35 – Maxime Bouché Le bilan carbone au Centre Juno Beach il est arrivé début 2020 pendant la crise du COVID, on a eu tous un peu plus de temps, forcément, et nous, en interne on a aussi eu un peu plus de temps pour pouvoir se poser sur ce premier bilan carbone. On a pris la norme, la norme réglementaire du bilan de gaz à effet de serre et en fait, on a fait du du ligne par ligne. C'est à dire qu’on a pris la norme : tel point de la norme dit qu'il faut aller chercher telle donnée ici, donc on a été chercher telle donnée ici, on a appliqué un facteur d'émission qu'on a été chercher sur la base ADEME et on a eu, on a construit comme ça notre premier bilan de gaz à effet de serre. Donc ça a été un travail assez long. Et donc, à l'époque, quand on a réussi à avoir ce premier tableur Excel du bilan de gaz à effet de serre, j'étais déjà intégré au système des Shifters et du Shift Project. Il y avait à l'époque, il y a quelques années déjà, des groupes de travail de réflexion qui se faisaient chez les shifters et moi je me suis permis de lever le doigt sur ces plateformes d'échange en disant : Écoutez voilà, je travaille dans un musée et avec le COVID, collectivement, on s'est posés la question de faire notre bilan de gaz à effet de serre.

00:03:41 – Maxime Bouché J'ai soumis le bilan de gaz à effet de serre du musée aux shifters et en face de moi, il y a des gens qui sont venus vers moi et qui m'ont dit : nous, on est en train de monter notre plateforme de bilan de gaz à effet de serre et ce qu'on te propose, c'est d'intégrer les données du Centre Juno Beach pour éprouver notre système. Voilà, je les remercie encore et donc la plateforme elle s'appelle AKTIO.

Donc toutes nos données on les intégrées à la plateforme AKTIO et c'est ce qui nous a permis de venir confronter en fait le premier bilan de gaz à effet de serre artisanal à un bilan de gaz à effet de serre beaucoup plus conforme et aux normes nationales. Donc du coup, si tu veux, cette expérience a été pour nous forcément enrichissante parce qu’on est parti avec nos propres moyens, mais finalement on a réussi à avoir quelque chose d’encore plus cadrant que ce qu'on avait imaginé.

Et ce qu'on a fait, c'est que l'année d'après, pour le 2e BEGES, on a intégré une ligne budgétaire dans nos budgets pour que finalement la plateforme AKTIO passe du côté des prestataires et en fait tous les ans on peut réaliser notre bilan de gaz à effet de serre maintenant grâce à cette prestation.

00:04:56 – Laurent Baraton Donc AKTIO est devenu un prestataire du musée ?

00:04:59 – Maxime Bouché À part entière, exactement.

00:05:01 – Laurent Baraton Alors là, c'était la première étape, le BEGES : le bilan des émissions de gaz à effet de serre. Quel est ton retour d'expérience ? Et quelle a été l'étape suivante ?

00:05:10 – Maxime Bouché Le bilan de gaz à effet de serre, c'est vraiment une lampe torche dans le noir. C'est vraiment intéressant en ce sens cet outil.

Ce qu'on a découvert après avoir fait le bilan carbone, c'est qu’il y a tout un champ sur la biodiversité. Il y a tout un pan sur les aspects sociaux qui ne sont pas ou peu intégrés dans le bilan de gaz à effet de serre. Donc en fait, ça nous a ouvert vraiment tous ces champs-là, en fait. Le bilan de gaz à effet de serre a été une porte d'entrée à un plan global.

Après avoir réalisé notre bilan de gaz à effet de serre, on a pensé, on a rédigé un plan de développement durable. Le plan de développement durable, on peut le retrouver en libre accès sur le le site du musée sans problème, qui explique en fait notre intention, notre envie d'intégrer le développement durable au Centre Juno Beach. Et, ce plan de développement durable, on l'a fait reposer sur 4 grands piliers. Le premier, c'est réduire l'empreinte environnementale directe et favoriser l'émergence d'une économie circulaire. Le 2e, c'est s'engager auprès des visiteurs et des collaborateurs, le 3e c'est agir pour la biodiversité et le 4e, c'est agir avec les autres. Donc ça c'est les quatre piliers sur lesquels on va agir pour essayer d'être plus vertueux dans nos pratiques.

00:06:37 – Laurent Baraton Le site du Centre Juno Beach à la rubrique Développement durable, contient les détails des 4 piliers de l'action globale du Centre dont nous parle Maxime. Ici, aux Shifters, nous allons faire un focus sur les initiatives bas carbone, sur les postes les plus importants sur lesquels il est possible d'avoir un impact, ou tout du moins d'entamer quelques propositions. Avec les 2 à 3 ans de recul des actions du Centre, quel constat ont pu être faits ? Nous continuons cet entretien avec Maxime Bouché du Centre Juno Beach.

00:07:09 – Maxime Bouché Le fait d'avoir une visibilité comme ça sur les 3 scopes, ça permet quand même d'aller identifier bien évidemment, les postes les plus émetteurs et donc du coup pour une institution comme la nôtre qui a une activité mémorielle et touristique, le transport des visiteurs, ça représente à peu près 80% des émissions du musée, uniquement le transport des visiteurs. Omettre d'intégrer ce poste d'émission dans un bilan de gaz à effet de serre c'est clairement passer à côté du problème. Clairement, clairement. Alors ça se justifie assez facilement puisque on est un musée qui a un rayonnement international. On est forcément canadien, donc on a beaucoup de visiteurs qui viennent d'Amérique du Nord, du Canada, des États-Unis, donc forcément, notre impact est fort de par l'usage de l'avion pour se rendre jusqu'en France. Donc effectivement 80% des émissions pour le musée en 2019 c'est le transport des visiteurs. On a besoin des visiteurs pour vivre, par contre on peut essayer d'influencer à la baisse ce poste-là. Et donc la première chose qu'on a faite, c'est qu'on a pris notre petite valise, on a été discuter avec une institution qui s'appelle la SNCF en 2020 et on leur a proposé une idée.

L’idée, c'est de mettre en place ensemble un tarif bas carbone. Le tarif bas carbone en fait, ça accorde une remise tarifaire d'à peu près 30/35% sur l'entrée des tickets au musée. Donc c'est clairement pour nous une perte d'exploitation puisqu'on accorde une remise assez conséquente. Mais par contre, derrière, on demande de l'engagement de la part des visiteurs, c'est-à-dire qu'ils nous présentent un ticket de train à l'accueil, à destination d'une gare normande et nous, on leur accorde ce tarif bas carbone. Parce que pour nous c'est la preuve que les gens ont utilisé le train pour venir jusqu'en Normandie au moins et on décarboné une partie conséquente de leur mode de transport. Et ce qui a été intéressant, c'est qu’on a réussi à l'élargir un petit peu parce qu’on a réussi à intégrer dans notre réflexion le bus, donc c'est-à dire qu'avec le groupe Theolis, sur présentation d'un billet de bus, on peut proposer le tarif bas carbone aux visiteurs qui viendraient en bus jusqu'au musée. Et on a également ouvert aux vélos parce que, comme on a réussi à obtenir un financement pour l'installation du parking vélo, on s'est dit, il faut qu'on y aille à fond, nous, on est volontaristes sur la décarbonation du transport des visiteurs, donc toutes les personnes qui viennent à vélo jusqu'au musée, on leur demande juste de prendre une petite photo d’eux devant le musée pour nous apporter la preuve qu'ils sont bien venus en vélo au musée et puis on leur accorde le tarif bas carbone.

00:09:43 – Maxime Bouché J'ai envie de dire que l'ouverture au vélo et au bus, c'est aussi intéressant parce que ça nous permet aussi d'aller chercher une clientèle beaucoup plus locale. Des gens qui seraient à quelques kilomètres de chez nous, qui n’auraient pas forcément l'idée de venir au musée et puis finalement, en ayant connaissance de cette remise tarifaire, on peut se laisser tenter, on y va à vélo, ça ne nous demande pas grand chose. Et ben ça, ça génère du trafic de visiteurs beaucoup plus locaux et in fine, ça génère une diminution du bilan de gaz à effet de serre.

00:10:16 – Laurent Baraton Alors beaucoup de visiteurs, évidemment, sont nord-américains, canadiens. La, évidemment, vous n’avez pas forcément la main là-dessus. Par contre, je crois que vous mettez quand même certaines actions en place, notamment certaines visites virtuelles je crois.

00:10:29 – Maxime Bouché Aujourd’hui, si un Canadien ne prend pas l'avion et veut visiter virtuellement les bunkers du musée avec cette visite virtuelle, et bien ça lui évite de prendre l'avion, donc mécaniquement, il y a beaucoup moins d'émissions de gaz à effet de serre que si la personne nord-américaine avait pris l'avion, traversait l'Atlantique était arrivée jusque chez nous. Donc ça, c'est une possibilité qu'on laisse, un choix qu'on laisse aux visiteurs de pouvoir visiter quand même et soutenir une institution comme la nôtre et entretenir la mémoire des Canadiens à travers la visite virtuelle tout en décarbonant le transport. Alors c'est sûr que ce n'est pas parfait parce que quelque part on pourrait nous dire: “mais vous allez augmenter votre consommation énergétique liée au numérique”. Oui, certes, mais si on fait le prorata entre l'émission liée au transport et l'émission liée au numérique, on a un gain donc c'est pour ça qu’on a voulu mettre ça en place. Effectivement, dans les années qui vont venir, on va être vigilants au fameux effet rebond. On va être vigilants de bien suivre le fait que ce n'est pas venu s'ajouter à aux émissions, mais que c'est venu compenser ou permettre de réduire. Ca c'est un point de vigilance qu'on va avoir au fur et à mesure des années, quand on aura éprouvé un peu plus ce nouveau système. Mais en tout cas, c'est une idée qu'on a eue pour essayer d'influencer à la baisse ce fichu poste d'émissions des transports des visiteurs.

00:11:55 – Maxime Bouché

Voilà donc le tarif bas carbone, c'est forcément pour nous une perte d'exploitation, mais c'est avant tout un véritable parti pris. C'est parce qu'aujourd'hui, le message qui est laissé à travers ce tarif bas carbone, c'est vraiment une volonté, une politique volontariste de notre institution de vouloir influencer à la baisse les émissions de gaz à effet de serre. Et pour ça, il n’y a pas 15000 solutions. Il faut que tout le monde se mobilise, que ce soit nous au niveau institutionnel, avec peut-être un peu de perte d'exploitation, mais aussi les visiteurs. Donc finalement on voit déjà l'intérêt de cette perte d'exploitation de par ce message qu'on essaie de transmettre, c'est-à-dire que c’est donnant donnant : le visiteur va faire un effort pour venir de manière décarbonée, nous, on fait un effort pour l'accueillir en lui offrant un tarif un peu moins élevé. Après l'équilibre économique pour l'instant, c'est trop récent pour nous, on n’a pas beaucoup de recul pour pouvoir dire si ça nous a plombé les budgets. Pour l'instant, ça fait 2 ans que le tarif bas carbone existe, on est toujours là, on est sur quelque chose sur lequel on fait absolument pas ou peu de publicité, donc pour nous, ça n'a pas de coût publicitaire. Et malgré ça, on voit que la croissance est quand même conséquente. On passe d'une centaine d'entrées en 2021 à plus de 750 aujourd'hui en 2022 ça fait quand même une belle évolution, donc ça veut dire que quelque part déjà, on sent qu'il y a un attrait, il y a un intérêt pour un changement de pratique de la part des visiteurs.

00:13:28 - Maxime Bouché Par contre, il y a aussi des projets qui sont de l'investissement mais qui permettent derrière d'avoir de belles économies. Quand tu vois par exemple le passage au LED, nous on a vraiment vu la différence sur la facture d'électricité. On a installé par exemple une cuve à eau de récupération d'eau, on fait quand même de belles économies à chaque fois pour nettoyer les extérieurs. Donc tu vois finalement il ne faut pas voir uniquement cette perte d'exploitation puisque derrière on peut réussir à avoir un gain économique, enfin une non-dépense sur d'autres choses. Je pense qu'il serait intéressant à un moment donné de faire l'exercice de ce que serait l'activité du musée sous contrainte beaucoup plus forte de la part de l'environnement. On a l'exemple de la COVID 2020.

00:14:15 - Maxime Bouché On a eu le COVID qu'est ce qui s'est passé ? On a eu une sacrée perte d'activité et crois-moi que cette perte d'activité est bien plus importante que 30% sur une remise d'entrée d'un tarif bas carbone. Donc si tu veux, je me dis que quelque part, on a une perte économique tout de suite, mais regardons le gain sur le long terme, intégrons les contraintes environnementales dans nos modèles économiques et là on verra tout de suite que ce genre de pratique est vertueuse et que c'est pas contraignant du point de vue financier. Ce qu'il faut juste, c'est repenser notre manière de compter et de calculer parce qu'aujourd'hui on a un regard qui est absolument pécunier, on a une comptabilité avec un expert comptable avec un nombre de visiteurs, avec un chiffre d'affaires, avec une marge, point barre. Toutes les entreprises fonctionnent sur le même modèle. Intégrons l'environnement dans nos modèles économiques et on verra que ça va tout de suite changer la donne.

Pour l'instant, on avance, on apprend en marchant tout simplement et on reste vigilants sur ces points-là économiques pour maintenir un certain niveau d'équilibre budgétaire qui est nécessaire, ça indéniablement, on est une association, mais on est aussi une entreprise.

00:15:33 - Laurent Baraton Je reviens sur votre plan d'action. Tu insistais tout à l'heure pour nous partager que c'est une démarche globale dont fait partie la décarbonation. Il y a un de vos piliers d'action qui s'appelle “agir avec les autres”, c'est-à-dire ne pas travailler tout seul dans son coin, c'est un levier effectivement qui est souvent mis en avant pour être à la fois plus cohérent et efficace. Est-ce que tu pourrais nous donner quelques détails ?

00:15:55 - Maxime Bouché En fait, l'objectif de tout ça, c'est de se dire comment, collectivement, on arrive à changer nos pratiques parce qu’au final, j'ai envie de dire que si le Centre Juno Beach porte une action comme ça tout seul, ça n’aura pas d'impact. L'objectif, c'est qu’ensemble, collectivement, sites de culture, visiteurs, on arrive en fait à un nouveau modèle, à une nouvelle manière d'exposer à une nouvelle manière d'aller dans un musée, à une nouvelle manière de fonctionner. Et en fait, c'est pour ça que pour nous il y a vraiment un intérêt à discuter avec des plateformes de covoiturage pour dire voilà, il y a des sites de culture qui existent partout en France, vous avez un outil qui permet la mise en place du covoiturage, travaillons ensemble, réfléchissons ensemble. Il y a des choses à développer ensemble.

00:16:46 - Laurent Baraton Oui donc, typiquement une action comme le transport des visiteurs, ça, ça passe forcément par des actions collectives ?

00:16:52 - Maxime Bouché Uniquement uniquement, ça c'est indéniable. Et tous les sites de culture, en tout cas, qui ont le même genre d'activité que nous, auront les mêmes bilans de gaz à effet de serre. Enfin, je veux dire aujourd'hui qu'on s'appelle le Centre Juno Beach ou qu'on s'appelle je ne sais pas...des grands musées nationaux, ils ont tous le même bilan de gaz à effet de serre. On dépend tous d'une clientèle, d'une clientèle qui vient de près mais souvent de loin et on a tous cette problématique de ce poste 3 du transport des visiteurs. Donc le collectif, c'est la seule solution pour pouvoir pour pouvoir réduire ce poste-là.

Peut-être qu'aujourd'hui, nous on a eu ces idées là, d'autres auront d'autres idées et c'est là où il y a tout intérêt à discuter avec des réseaux comme le Shift. Parce que justement, c'est en partageant et en éprouvant les idées des uns des autres qu'on va pouvoir collectivement trouver des solutions.

Déjà, on a travaillé avec la région Normandie et l'Europe pour la mise en place de ce plan de développement durable. Ils se sont ouverts à nous, nous nous sommes ouverts à eux et ça a permis d'aboutir à la construction d'un stationnement vélo par exemple.

Après, on agit avec les autres par exemple, en participant à la recherche scientifique. Il y a quelques mois de ça sur notre secteur, l'université de Caen a lancé un atelier qui s'appelle le D-Day Climate Change, qui étudie en fait l'impact des activités mémorielles du débarquement sur la côte, sur l'environnement. Et donc on a participé à cette étude. La semaine prochaine, il y a une fédération de cyclisme qui va nous interviewer pour comprendre un peu mieux pourquoi on a mis en place un tarif bas carbone avec l'accueil du vélo.

C'est encore une fois, je le répète, c'est loin d'être parfait, c'est critiquable et au contraire, il faut critiquer pour que ça évolue. Mais voilà, on sait, c'est vraiment un travail de fond. C'est une course de fond. On n’a plus beaucoup de temps mais c'est une course de fond, voilà.

00:18:56 - Laurent Baraton Imaginons que des personnes, des sites culturels qui nous écoutent aient envie d'aller dans une démarche comparable à la vôtre, soit parce qu'ils sont conscients des questions énergie-climat, soit parce qu'ils subissent déjà des modifications climatiques ou des coûts d'approvisionnement en énergie. Est-ce qu'on peut utiliser ton expérience pour faire gagner un peu de temps aux futurs acteurs de la décarbo culturelle ? Par exemple, il est probable que vous ayez eu des freins auxquels d'autres personnes doivent aussi s'attendre.

00:19:28 - Maxime Bouché Déjà le premier frein qu'on a identifié, c'est le fait de définir une vraie stratégie, la stratégie des petits gestes versus le plan global. Donc c'est à dire qu’au début on s'est trouvés dans les petits gestes et on voyait bien qu'on n'arrivait pas à avancer en fait, on s'est retrouvés bloqués. Donc je vais encore une fois le redire, mais le bilan de gaz à effet de serre nous a permis d'aller vers quelque chose de plus cadré et de plus durable.

Ensuite, il y a eu le fait de réussir à faire comprendre la démarche aussi bien en interne qu'en externe, c'est-à-dire qu’il a d'abord fallu commencer par nous-mêmes. En interne, on n'avait pas forcément tous la même appétence pour l'environnement, pour le développement durable. On n'avait pas tous les mêmes envies et puis après, il a fallu expliquer et il faut encore expliquer sur l'externe, avec les parties prenantes avec lesquelles on travaille. Moi, je vois aujourd'hui je suis en responsabilité à la boutique : on va prochainement sensibiliser tous nos fournisseurs sur comment on peut travailler ensemble pour réduire nos émissions liées aux achats.

On a aussi développé des parrainages scientifiques qui nous permettent de discuter un peu plus facilement avec des institutions régionales, avec des instances régionales…on essaie différentes stratégies pour pouvoir soulever ces points de blocage.

00:20:47 - Laurent Baraton Il est évoqué aussi le fait qu’il est important dans une équipe de travail, d'avoir au moins des bases de connaissances communes en termes d'énergie climat avant d'entamer une action. Est-ce que tu peux le confirmer ?

00:21:00 - Maxime Bouché Je ne cesse de le répéter, mais sans la volonté de la part de la direction d'une entreprise d'agir et de mettre en mouvement une institution comme le Centre Juno Beach, rien n'aurait pu voir le jour à une échelle aussi importante. Ce plan de développement durable ne tient uniquement que par l'implication des différents collaborateurs qui font le Centre Juno Beach. C'est la directrice, c'est ma collègue qui s'occupe de l'assistance de direction, ma collègue qui s'occupe de la Com, c'est les guides qui travaillent à l'accueil, c'est nous tous, qui avons intégré le développement durable dans notre quotidien. Quand on fait une formation avec le CPIE qui nous explique comment on en est arrivés là, l'histoire de la planète, l'histoire de l'environnement, comment on en est arrivés à un tel point de non-retour au niveau environnemental…notre volonté de collectivement se former et d'avoir le même niveau de connaissance sur cette thématique-là, ça montre que finalement tout le monde peut comprendre ce sujet. Tout le monde peut le comprendre et que finalement, c'est juste du temps, accorder un peu de temps à cette thématique là pour la comprendre et l'imprégner dans son quotidien. Il faut qu'on parle de la même chose, il faut que les gens parlent de la même chose et donc c'est à ça que servent des institutions comme le CPIE de la vallée de l'Orne qui nous a formés, et il y en a plein en France, y en a partout en France, il y a plein de gens. Il y a des Fresques qui se font, ce sont des outils géniaux qui nous permettent en tout cas d'avoir un minimum commun de connaissances et qui peuvent être de bons outils pédagogiques pour intégrer justement un développement plus durable dans nos activités.

Je pense que ce qu'il faut réussir à obtenir, c'est cette notion de ne pas faire un pôle développement durable dans une entreprise, c'est du développement durable partout, alors peut-être qu'il y a un responsable développement durable qui va être facilitateur auprès de ses collègues pour faire passer les bons messages et pour les aider à intégrer le développement durable mais il faut que le développement durable…à la limite ce mot Il ne devrait même pas exister. C'est dans notre quotidien, qu’on devrait vivre de manière durable.

00:23:04 - Laurent Baraton Merci Maxime. Maxime nous parlait tout à l'heure des CPIE. Ce sont les centres permanents d'initiation à l'environnement que l'on trouve un petit peu partout en France et aussi des Fresques qui sont des outils pédagogiques pour comprendre les enjeux climatiques et dont la plus célèbre des déclinaisons s'appelle la Fresque du climat.
Dans un autre épisode, nous parlerons avec Nathalie Worthington, la directrice du Centre Juno Beach, pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé dans cette équipe pour qu’ils se mettent en action. Le podcast Décarbonons la Culture ! est réalisé par les Shifters, les bénévoles du Shift Project. Ce think tank a un objectif : faire progresser le débat et les actions pour une économie post carbone : un monde libéré des énergies fossiles et préservé du réchauffement climatique. Décarboner la culture c’est lui permettre de garder la place qu’elle a dans nos vies. Vous pouvez retrouver l’ensemble des témoignages sur le site décarbononslaculture.fr. A très bientôt, pour d’autres initiatives inspirantes !

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Mise en œuvre :2019-En coursStructure :Centre Juno BeachInterlocuteur :Maxime BouchéThématiques :
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